Cinq mille six cents, Boulevard Kaocen

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Cinq mille six cents, Boulevard Kaocen

Echange Agadez Niger
Publié par Sylvine dans Les billets de Sylvine · 3 Mars 2020
Cinq mille six cents,
 
Boulevard Kaocen
 
(Anciennement : Le Goudron d’Arlit)
 
 
A l’est une mince lueur annonce l’aube, sur la ligne d’horizon le Croix du sud fait une courte apparition avant le lever du soleil. L’appel à la prière envahit l’air encore frais et lance un lien entre la terre et le ciel encombré d’étoiles. Pour rien au monde je ne manquerais ce moment que j’attends depuis dix longues années. La journée démarre comme les camions lourdement chargés qui ont passé la nuit plus bas au début de la route qui va à Arlit ville de l’uranium.
 
Le quartier s’anime, le soleil jaillit presque brutalement et éclaire la cour de la maison de nos amis d’Agadez. Nous sommes arrivés hier. Nous avons la chance de nous installer sous la tente traditionnelle désertée en hiver par nos hôtes et maîtres des lieux. Nos amis dont l’association soutient également les activités à Agadez logent dans la maison. Ils viennent pour la première fois au Niger. Notre séjour sera particulier, sécurité oblige, nous ne quittons pas la ville que nous parcourons en tout sens et dont nous tentons d’effleurer l’âme.

Notre première visite est évidemment pour le Centre d’Education scolaire et professionnel. Les deux classes de 2ème chance, la classe d’alphabétisation, les salles des cours professionnels, l’atelier couture sont bien intégrés sur un lieu unique, ce qui facilite le travail, permet des échanges quotidiens entre les enseignants, formateurs et responsables du site. L’animation est grande mais pas survoltée. 10h30 fin de l’alphabétisation, les couturières passent à l’atelier voisin, les mécaniciens sur voiture et les soudeurs partent en ville rejoindre leurs places de travail. Nous visitons aussi les ateliers pour les rencontrer, ainsi que les patrons. Dans les classes de l’école chacun a sa place, son matériel et les leçons se déroulent dans le calme, atmosphère studieuse.



A côté, des jardins dont celui travaillé par notre ami. Le puits fournit l’eau qui est amenée dans les bassins par la pompe actionnée par l’énergie solaire puis redistribuée par un maillage serré de canaux vers les plantations. On parle compost et culture bio, maladies et rotation des cultures, qualité et rendement.



Nous y passerons une journée de travail et de partage avec le comité, dont les membres ont tous une activité et se sont engagés bénévolement pour certains depuis le début de l’aventure. Nous parlons beaucoup d’école, de la lente dégradation de la situation scolaire, des licenciements massifs d’enseignants, des directives inapplicables, des circulaires ministérielles qui tournent en rond (ce qui est normal pour des circulaires).
 
Débat animé aussi autour de la formation professionnelle des jeunes en école technique, dans des bâtiments récemment construits loin de la ville ; la surcharge est telle que dans certains ateliers les apprenants vont par groupe de 30 pour deux heures par jour. On forme des menuisiers des mécaniciens, des plombiers et des électriciens, mais il n’y a ni eau ni électricité dans l’école. Les enseignants et les responsables font des miracles quotidiens mais ils ont si peu de moyens à disposition. Au contraire, la formation dispensée par le CESP est ancrée dans la réalité des entreprises et des ateliers.
 
Nous avons pu également affiner notre projet de collaboration pour le soutien à l’Ecole-Internat pour les enfants de nomades. Cette école éloignée de tout appui pourra ainsi mieux utiliser son potentiel en offrant un cycle scolaire primaire complet et un accompagnement éducatif aux enfants des nomades du nord de l’Aïr
 
Un excellent repas traditionnel à l’ombre n’arrêtera pas les discussions passionnées et passionnantes mais en élargira le contenu à l’histoire et aux relations entre les différentes origines des habitants de la région.
 
Souvent dans les conversations lorsqu’il est question de nous les gens disent : nos étrangers, vos étrangers, c’est agréable d’être étranger tout en étant relié à quelqu’un ou à un groupe, marquer la différence sans exclure.



Nous ferons également des visites plus protocolaires, mais pas moins instructives, à toutes les instances officielles de l’enseignement primaire, des enseignements professionnels et techniques, de l’alphabétisation : directions et inspections. Il suffit de se présenter dans les locaux sans rendez-vous, si la personne que nous souhaitons rencontrer est là, en quelques minutes et quelques maniements de chaises, nous nous retrouvons dans son bureau. Sinon nous repassons un autre jour. Partout nous sommes frappés par la connaissance mutuelle de notre partenaire et des instances officielles. Certes les rapports n’ont pas forcément été lus et sont perdus dans les méandres d’archives aléatoires. Mais les gens se connaissent et bien souvent ont collaboré sur des réalisations concrètes. Le travail fait par le Centre d’Education Scolaire et Professionnel est connu et reconnu : école 2è chance, formation professionnelle et appui lecture.
 
Ce qui frappe lors de ces discussions, c’est l’absence de référence à un quelconque budget ou au coût des activités, normal il n’y a pas de moyens et les administrations sont les premières à dire « l’Etat ne peut pas tout ». Ici rien n’est envisageable sans l’intervention d’un partenaire, souvent tiers absent et étranger, seul capable de faire couler un flot d’Euros qui ne touchera pas le sable et ne sera pas perdus pour tout le monde.
 
En se baladant en ville on se cogne régulièrement à des panneaux d’informations qui annoncent que l’ONG une telle soutient le projet un tel, noter bien projet et pas réalisation. A chaque fois il y a au moins le drapeau européen dans un coin mais ne cherchez pas à voir ce qui se passe il n’y a personne. La Suisse est également présente, elle a financé récemment un programme concret de toilettes et de douches publiques Souvent les expatriés sont loin à Niamey, seule exception notable : le CICR dont nous voyons les voitures régulièrement en ville. Bien sûr il y a les experts de tous les domaines souvent européens, mais ils passent le plus vite possible, ne sortent pas en ville et sont si nombreux qu’ils occupent la plupart des hôtels de standing et très sécurisés loués à l’année par les « partenaires ».
 
Lors de notre séjour nous ne rencontrerons pas un blanc dans les rues, à l’exception de quelques européennes, essentiellement, qui vivent à Agadez en harmonie avec la population depuis de nombreuses années.



La ville ancienne est magnifique avec ses maisons basses en briques crues, ses petites ruelles et le minaret de la grande mosquée chef d’oeuvre d’architecture. Inscrite au patrimoine de l’Unesco, elle fait la fierté de la population. Nous avons eu la chance de nous y balader avec une guide qui en connaît l’histoire et les habitants. Le coeur d’un village dont on estime la population entre 200 et 250 milles habitants. En plus, soit au marché soit au hasard des rues, nous avons retrouvé des Agadéziens dont nous n’avions pas de nouvelles depuis notre dernier séjour, à chaque fois des retrouvailles émouvantes.
 
Nous avons profité de ce séjour pour retourner chez le forgeron qui approvisionne en bijoux le groupe-vente de notre association. Une importante commande nous attendait, charge à nous de la ramener discrètement en Suisse. Grâce à une collaboration qui dure depuis des années, le jeune patron, a du travail ce qui n’est plus le cas pour nombres de ses collègues, faute de débouchés sur des marchés à l’étranger et de l’absence des touristes sur place.
 
Nous sommes aussi à l’affut d’autres produits de l’artisanat local susceptibles d’apporter de la diversité sur les stands du groupe-vente dont le travail bénévole est indispensable à la bonne santé financière de notre association. Nous avons fait quelques belles découvertes, tissus, cuir, broderies de grandes qualités.
 
 
Somme toute nous aurions tôt fait de nous installer dans une routine : voir vivre le Centre d’éducation, élèves et apprentis, enseignants et directions, participer à des discussions, visiter des fonctionnaires, rencontrer des gens qui ont des intentions et qui agissent pour les concrétiser même avec difficultés, nous pourrions nous en contenter, l’exotisme faisant la différence. Au Niger il y toujours une autre réalité prête à vous surprendre : vous envahir de joie ou vous nouer la gorge et laisser pantois même les gens du lieu.
 
La joie c’est d’assister à une rencontre des enseignants des différents collèges de la ville pour préparer la prochaine session d’Appui Lecture de l’été à venir. 30 enfants par classe, 8 à 9 semaines de travail pendant les vacances, pas de programme un test individuel au début et un à la fin pour situer les connaissances de l’enfant. Charge à l’enseignant d’aller cherche chacun là où il se trouve et de l’amener au niveau de son âge. Les résultats sont impressionnants et l’enthousiasme des ces professionnels expérimentés l’est tout autant. L’entente dans le groupe est exemplaire, chacun parle de ses difficultés, de ses envies sans fioriture. Le Lien avec l’école du quotidien est vite fait pour expliquer le naufrage de l’instruction publique. Le niveau des discussions est élevé, les questions pointues et l’engagement pour trouver des solutions sans faille. Presque envie de demander à en faire partie.
 
La gorge nouée c’est de visiter quatre écoles primaires, sur un seul site avec plus de 3000 élèves dans un quartier très pauvre, menacé d’être partiellement rasé, selon la rumeur, pour sécuriser l’accès direct de l’aéroport à la base de l’armée américaine en construction. Il manque 23 classes et les autorités sans moyens n’ont pas bougé, seuls les parents d’élèves se sont mobilisés pour en construire en nattes. Il faut lancer le mouvement. Le comité d’EAN consulté par SMS est d’accord à l’unanimité de mettre Fr. 1500.- (sa compétence financière), un million de FCFA à disposition dans l’attente de l’AG. Une semaine après nous retournons à l’école 8 classes aux normes sont en cours de couverture et les promesses de nouveaux dons sont arrivées. Lors de notre premier passage nous sommes allés dans une classe de petits avec une enseignante et 162 enfants assis par terre, serrés les uns contre les autres sans le moindre matériel
 
Cette situation n’a rien d’exceptionnelle, elle se répète aux quatre coins de la ville et ailleurs sans doute. Je pourrais encore parler de groupes de femmes, à l’exemple de Kokarin Mata, en lien avec notre partenaire, qui n’ont rien, se groupent pour mettre en commun leurs compétences pour produire de l’artisanat et vendre de la nourriture à la sauvette.
 
De ce gendarme accompagnant une vieille femme aveugle comme un bien des plus précieux dans les méandres de l’aéroport de Niamey pour qu’elle puisse monter dans l’avion en premier. Elle se fera bousculer sans ménagement par deux fonctionnaire internationaux pressés d’avoir les meilleures places à l’ouverture des portes.
 
D’Agadez que l’on ne peut quitter, la plupart du temps, qu’avec une escorte militaire, des armées étrangères qui protègent la prospection des grandes compagnies, d’un pays parmi les plus pauvres avec le sous-sol parmi les plus riches, mais ça c’est encore une autre histoire


  La Une classe en natte et une nouvelle presque finie                            Présidente de l’association des femmes du quartier
 
Février 2018
 
Echanges Agadez Niger


Voyageurs occasionnels ou réguliers au Sahara et au Sahel, nous avons au fil du temps tissés des liens d’amitiés. Une amie a émigré au Niger, les contacts sont devenus réguliers et le réseau s’est étendu.
Nous avons trouvé les moyens d’entretenir nos liens et de développer des collaborations concrètes. Au plus simple et selon leurs traditions, voyageurs, amis et partenaires ont constitué des associations à but idéal.
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